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title: [Comment les big tech dominent ?\ État des lieux et perspectives.],
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_LHomme esclave des big tech, état des lieux et perspectives._
_Comment lHomme moderne est-t-il devenu esclave des big tech? État des lieux et perspectives._
]
- Nécessité dutiliser les software des big tech pour sintégrer en société
- La messagerie instantanée aujourdhui
- Lemail aujourdhui et le monopôle des fournisseurs
- Le marché des systèmes dexploitation et suites bureautique
- opacité
- Alternatives
- logiciels open-source.
- associations dhébergement et self-hosting.
- Exemple : éducation nationale
- limites (rémunérations, contributions malveillantes) et sensibilisation du grand publique.
- Conclusion : comment naviguer dans ce monde
]
= Introduction
Dans le glossaire relatif à la confidentialité de Brave #citef(<QuestceQueBig2023>), le terme "Big tech" est défini par "un terme générique qui se rapporte aux grandes entreprises technologiques qui fabriquent du matériel et des logiciels largement utilisés, et qui ont généralement une immense influence sur la technologie, Internet et léconomie dans son ensemble."
Ce terme est souvent utilisé en faisant référence à cinq entreprises : Amazon, Apple, Alphabet (Google), Meta, et Microsoft. Mais on peut aussi le voir de manière plus large en intégrant toutes les très grande entreprises de linformatique qui dominent dans leur milieu. On pourrait par exemple ajouter à cette liste les entreprises Nvidia, Tesla, et dun point de vue plus international, les entreprises Samsung, Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi #citef(<redaccionHowWeProtect2024>).
Les services de ces entreprises sont omniprésentes dans notre vie numérique et une grande partie des entreprises du monde dépendent de services fournis par les big tech. En France, Google Search est le moteur de recherche de 89% des utilisateurs #citef(<duffezPartsMarcheMoteurs2025>). Youtube domine le marché du streaming vidéo gratuit avec 500 nouvelles heures de vidéos publiés chaque minute en moyenne #citef(<ChiffresClesYouTube2025>). Meta domine le marché des réseaux sociaux avec Facebook, Instagram et Whatsapp. Apple a pris la place du premier fabricant de smartphones en 2025 avec une part de marché affirmée à 19.4% #citef(<savovAppleSetBecome2025>), mais se démarque par ses marges exceptionnelles, engorgeant 80% des profits liés à la vente de smartphones en 2016 #citef(<FourRegneQuatre>). Amazon est le premier site e-commerce au monde et dépasse même Leboncoin sur le marché français #citef(<billonChiffresAmazon20262020>), et AWS (Amazon Web Services) est le premier cloud provider (hébergeur cloud) avec 30% du marché #citef(<leichterAWSVsAzure2025>).
Ces entreprises prennent de plus en plus de place dans notre vie, et cela fait intervenir de nombreux enjeux, notamment lenjeu de souveraineté numérique, désignant la capacité dun état à contrôler son environnement numérique, ses infrastructures, ses données et ses systèmes d'information #citef(<SouveraineteNumerique2025>). Cet enjeu se décompose en sous-problèmes et risques liés à la centralisation du pouvoir numérique, à la dépendance aux États-Unis, et finalement dans beaucoup de cas à un monopole caché.
Notre dépendance aux big tech américaines est actée et peut difficilement être remise en question. Lobjectif de ce projet personnel en humanités (PPH) est détudier en premier lieu pourquoi. Pourquoi "tout le monde" utilise les solutions des big tech souvent sans réaliser les enjeux impliqués. Enjeux que nous détaillerons, expliquant pourquoi est-t-il souhaitable de se séparer des big tech. Nous évoquerons ensuite les solutions à ce problème, notamment les solutions open-source et les services européens.
= Pourquoi tout le monde utilise les big tech
Pourquoi les messageries instantanées par défaut pour la plupart des utilisateurs (Whatsapp, Messenger, Instagram, ...) sont détenues par des BigTech américaines? Et pourquoi même quand des protocoles décentralisés existent, par exemple SMTP (Simple Mail Transfer Protocol) permettant lenvoi de couriel sans dépendance à un serveur central, les principaux fournisseurs restent des big tech américaines (Gmail, Outlook, ICloud).
Quest-ce qui pousse les utilisateurs à choisir ces solutions? Et pourquoi seuls les ferru de confidentialité semblent se pencher sur des solutions alternatives? Cest ce que nous allons essayer de comprendre dans cette partie.
En étudiant dabord le cas des particuliers, puis le cas analogue de lusage des big tech en entreprise.
== Pour les particuliers
Beaucoup de personnes ne se posent même pas la question.
Déjà, notre profil dinformaticien nous biaise dans la réflexion, et la place du numérique est probablement bien plus faible que nous le croyons pour la population générale.
Si les nouvelles générations semblent plus à laise avec loutil numérique, cela ne se traduit pas forcément par une éducation numérique plus complète : ce nest pas parce-que lon passe beaucoup de temps sur les réseaux sociaux que nous sommes sensibilisés aux enjeux du numérique et de la concentration du pouvoir.
Les services des big tech restent pour beaucoup un outil dont la remise en question nest pas envisagée.
Il sagit aussi dun effet de masse : si nos amis utilisent un groupe Instagram, ne pas lutiliser nous excluerai du groupe. Nous sommes alors globalement contraint dutiliser tous les réseaux sociaux principaux.
Pour un outil aussi crucial que la messagerie instantanée, il serait pourtant légitime de souhaiter à minima une intercompatibilité des services, mais cela nest pas le cas car les acteurs du marché nont aucun intérêt commercial à le faire.
En témoigne le conflit entre Apple et Google à propos du RCS "Rich Communication Services" (protocole de messagerie instantanée fonctionnant en remplacement des SMS), Apple ayant refusé durant plusieurs années de rentre intercompatible leur protocole propriétaire IMessage avec le protocole RCS.
Cela excluait les utilisateurs qui navaient pas "les bulles bleues" signifiant un message IMessage, et vice-versa.
Cest finalement lUE qui a contraint Apple à adopter le RCS en 2023 #citef(<zimmerLEuropeVaContraindre2022>).
Cependant, dans de nombreux domaines du numérique, lutilisateur a le choix.
Par exemple le fournisseur dhébergement de fichiers, le fournisseur de couriel, le moteur de recherche, le navigateur web, etc.
Et dans le cas une remise en question des big tech est envisagée, lutilisateur est vite rappelé à la réalité : il na aucun intérêt à changer.
Les big tech, ça fonctionne avec les taux de disponibilité les plus élevés du marché, ça propose les dernières fonctionnalités, cest très abordable ou même gratuit, et cest utilisé par tout le monde donc cest fiable et si ça casse, on est pas tout seul.
On arrive donc rapidement à une sensation de privation en quittant les big tech.
Et pourquoi se priver de tout ça, à quoi bon? Pour lutilisateur qui nest pas éduqué à ces sujets, la question est vite répondue, et même pour les plus sensibilisés, le changement peut être difficile.
Il y a aussi la notion décosystème pour lesquels les big tech sont très fortes : on crée un compte sur une seule plateforme et on a tout dun coup.
Un moteur de recherche, un suite bureautique, un fournisseur email, du stockage en ligne, etc.
Choisir les big tech, cest choisir la facilité, le tout en un, et les prix faibles.
Cest pour cette même raison que les particuliers choisissent de faire leurs courses à Carrefour plutôt quà lépicerie du coin.
== En entreprise
Aujourdhui, Microsoft domine très largement le monde de lentreprise avec sa suite Microsoft 365.
«Trois quarts des organisations de plus de 250 collaborateurs sappuient aujourdhui sur ses solution. »#citef(<ITRnewsPremierQuotidien>) En 2015, cétait déjà 80% des entreprises du CAC40 qui dépendaient de Microsoft 365 #citef(<60EntreprisesCAC402015>).
Même si lon pourrait croire que les grandes entreprises font davantage attention à ce quelles utilisent, le constat est le même que pour les particuliers : «dans les organisations, la souveraineté reste un sujet abstrait tant quelle naméliore ni lefficacité quotidienne ni lexpérience utilisateur. »#citef(<ITRnewsPremierQuotidien>).
Si un particulier est libre de prendre un peu de temps pour échapper au piège des écosystèmes des big tech, pour les entreprises, il sagit surtout dune question business et du risque que lon se permet de prendre pour augmenter sa productivité.
On accepte dêtre au merci dune unique entreprise américaine (e.g. Microsoft), mais en échange, on booste notre productivité via un écosystème complet : suite bureautique (Office), emails (Outlook), intranet (Sharepoint), visioconférences et messagerie instantanée (Teams), chatbot LLM (Copilot), utilisateurs, LDAP et SSO (Entra ID), salles de réunion (Bookings), stockage en ligne (OneDrive), et encore une multitude de services, le tout pour une vingtaine deuros mensuel par employé.
Pour beaucoup dentreprises, le gain en productivité et en simplicité IT est tel que la question ne se pose même pas.
Microsoft est pour le coup le seul acteur du marché à posséder un tel écosystème, et lon pourrait presque parler dun monopole (en europe).
Google essaye tant bien que mal de sintégrer en entreprise, mais les services sont moindres.
= Pourquoi vouloir quitter les big tech
Après tout, les économies déchelle sont bien là, et les écosystèmes boostent la productivité en entreprise, donc pourquoi pas?
La question nest pas si simple, et il y a bel et bien des risques à prendre en compte, et des impacts sur léconomie.
== Centralisation du pouvoir
La situation observée est une forme doligopole #footnote[Définition Larousse: «Marché dans lequel il n'y a qu'un petit nombre de vendeurs, en principe de grande dimension, en face d'une multitude d'acheteurs. (Exemple : le marché de l'automobile, des ordinateurs.) »] : les solutions alternatives existent et personne ne les empêche de se développer, mais la grande majorité des utilisateurs et entreprises se tourenet vers les big tech.
Cette situation implique les mêmes problèmes que ceux impliqués par un monopole: Quand Microsoft a augmenté le prix de sa suite 365 jusquà 25% dans le monde en 2022#citef(<guilbertQuitterMicrosoft3652026>), les entreprises navaient pas le choix: aucun concurrent ne faisait aussi bien.
De plus, la complexité dune migration rend les companies prisonières des big tech à court terme.
La centralisation du pouvoir peut aussi poser de nombreux problèmes quand les bénéficiaires de ce pouvoir ne sont pas tout propre, abusent de leur pouvoir, ou ne prennent pas les responsabilités que ce pouvoir implique. En témoingent les nombreux scandales (Facebook et Cambridge Analytica), et sanctions prononcées par lUnion Européenne (Par exemple une amende de 746 millions deuros en 2021 émise envers le géant Amazon pour non respect du RGPD)#citef(<AmazonEcopeDune2021>)
Une telle concentration du pouvoir provoque aussi des concurrences déloyales : la puissance des big tech leur permet de rapidement dominer un marché et décraser les plus petits acteurs. En effet, les big tech ont une grande force de frappe, et en addition, ne sont pas toujours soumises aux mêmes régulations que les acteurs locaux. Par exemple dans le cas de la finance, les contrôles et la legislation nest pas la même pour ces acteurs que pour les banques traditionnelles#citef(<redaccionHowWeProtect2024>), permettant au BigTech de proposer des solutions bancaires à moindre coût.
== On ne sait pas comment ça marche : obfuscation et perte de contrôle
En informatique, si on le veut, on peut modifier très facilement un comportement et avoir le contrôle de toute la chaine : pas besoin de machines de production, peu de dépendance à des objets physiques, un ordinateur et cest tout.
Mais cela est à double tranchant car lobfuscation en retour est très facile à faire (compilation ou architectures client-serveur) alors que pour les autres domaines de lindustrie, nous pouvous toujours étudier comment une voiture est faite, comment notre maison est construite.
Nous pouvons réparer et personnaliser nous même notre voiture (mécanique, passerelles CAN, ...), et assembler nous même des objets non faits pour fonctionner les uns avec les autres.
Mais pour les services des big tech, cela est impossible (dans une certaine limite).
En effet, les big tech nont souvent aucun intérêt à nous laisser modifier leurs produits car cela est contraire à leur modèle économique (sinon nous pourrions retirer les publicités et restrictions de licences). Choisir les Big Tech, cest donc choisir un monde fermé, que lon ne maîtrise pas, et dont lon est pourtant dépendant.
Il existe bel et bien un paradis en informatique lon peut avoir en même temps la simplicité et la personnalisation. Il sagit du monde de lopen-source que nous évoquerons dans les alternatives aux big tech, mais ce monde vient aussi avec ses défauts (financement, sécurité, ...).
== Souveraineté et dépendance à un état étranger
Aux États-Unis, les big tech telles que Google, Facebook, Amazon et Apple sont omniprésentes, et cela pose de nombreux défis pour les raisons évoquées précédemment.
En Europe, la place des big tech y est légèrement réduite, mais les dangers en sont pourtant largement suppérieurs. En effet, la dépendance à une entreprise étrangère place le pays du siège social dans une position économiquement et géopolitiquement dominante.
Déjà, nous injectons de largent dans léconomie américaine au détriment de la notre. Quand Donald Trump annonce une augmentation massive des droits de douanne début 2025, il évoque linégalité du marché : les États-Unis importent davantage de biens matériels quils nen exportent aux pays concernés. Mais les souscriptions de services numériques et les revenus publicitaires restent bien entendu exclus de léquation. Pourtant, Apple, Google et Facebook généraient déjà plus de 50% de leur chiffre daffaire à létranger en 2016 #citef(<FourRegneQuatre>).
Au delà dun déséquilibre économique, la centralisation des big tech aux États-Unis pose des problèmes de sécurité des données. Le Cloud Act (Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act), adopté aux États-Unis en 2018, est en totale opposition avec le RGPD. Cette loi à portée extraterritoriale permet «aux autorités américaires daccéder aux données dindividus et dentreprises (et de leurs clients) situées en dehors des États-Unis à condition que lentité qui héberge ces données ait un lien avec les Etats-Unis»#citef(<CloudActRGPD2026>). Cela pose un réel problème de souveraineté, laissant les États-Unis libres daccéder à toutes les données hébergés par les big tech, en contournement total des procédures juridiques traditionnelles. Aujourdhui, le Cloud Act ne semble pas freiner les entreprises à lutilisation dOffice 365.
Toutefois, il peut être compréhensible que nous ne faisions pas confiance à la France pour protéger nos données: 17500 cyberattaques ont été enregistrées en France en 2025, ce qui représente une hausse de 4% par rapport à l'année 2024, et concerne de plus en plus des données critiques#citef(<17500Cyberattaques2026>). On notera par exemple le piratage de la Fédération française de tir, ayant mené à de nombreux cambriolages en frances chez les personnes possédant des armes à feux#citef(<PiratageFederationFrancaise2026>). Ou encore le récent piratage de données médicales de plus de 10 million de français, exposant nos données personnelles et médicales à lair libre#citef(<ENQUETEFRANCETVFuite2026>). Mais si la France est si mauvaise en cybersécurité, cest peut-être aussi car nous ne lui en donnons pas loccasion en injectant tout notre argent dans léconomie américaine?
== Influence de masse et données personnelles
Laisser une unique entreprise diriger nos réseaux sociaux, par exemple Meta avec Instagram et Facebook, cest aussi lui laisser le choix de comment elle veut nous influencer. Nous nous retrouvons donc au merci des algorithmes et de la publicité ciblée. Nous sommes dans un exosquelette qui nous restreint dans nos mouvements et nous impose des chois sans nous poser la question. Nous perdons la propriété de nos données personnelles, et celles-ci sont revendues pour nous proposer toujours plus de publicités ciblées.
Cela aura mené à de nombreux scandales dans lhistoire. Par exemple le scandale Cambridge Analytica, ou lentreprise britanique aurait exploité des donnée de Facebook pour cibler des électeurs avec des messages politiques personnalisés. Cette exploitation de données aurait influencé le Brexit et lélection de Donald Trump en 2016.
Mais avant tout, si nous sommes traités comme des marchandises qui nont pas davis, cest parce-que nous ne payons pas. Cela est inhérent au business model de Facebook et Google : leurs services sont pour la plupart gratuits, et le financement passe par lexploitation de nos données personnelles. Choisir de garder le contrôle sur ses données, cest aussi choisir un service payant plutôt quun service gratuit.
= Comment quitter les big tech
Pour sortir de la dépendance des aux big tech, de nombreuses solutions existent. Leur mise en place peut être coûteuse en entreprise, et parfois chronophage pour les particuliers, mais globalement, même pour les personnes qui ne sont pas à laise avec le numérique, les solutions sont là. Cest la multiplication de petites actions qui permettent de réduire notre exposition. Jai pour ma part déjà réduit la place des big tech dans mon environnement numérique, sans pour autant les retirer totalement. Nous évoquerons quelques-unes de ces solutions par la suite.
== Introduction à lopen-source
Nous pouvons sortir des big tech en privilégiant des acteurs plus petits et locaux, mais la solution la plus radicale reste lopen-source.
Les logiciels open-source rendent leur code source entierrement disponible, permettant à chacun de vérifier ce que fait exactement le logiciel sous le capot. Même si vous navez souvent pas vous-même les capacités de vérifier cela vous-même, une communauté laura probablement fait pour vous, et potentiellement réglé les points de douleurs via des versions dérivées. Pour une entreprise, cest aussi un moyen dadapter le logiciel à ses propres usages. En pratique, seuls les logiciels sous licence libre autorisent la modification du code, la redistribution et lutilisation commerciale.
De nos jours, nos logiciels sont de moins en moins monolithiques et dépendent souvent dun serveur web. Les solutions open-source deviennent alors non-utilisables pour un utilisateur classique et nécessitent de déployer lapplication sur une infrastructure spécifique. Beaucoup dentreprises décident alors de développer des logiciels libres et open-source et de baser leur business model sur le SaaS (Software as a Service): ils vendent lhébergement de leur solution, tout en permettant aux utilisateurs plus avancés de jouer avec le code source. Cest le cas de Nextcloud, Bitwarden, Odoo, GitLab, n8n, et bien dautres. Ce modèle est beaucoup plus honnête que celui des big tech qui ferment leur code et jouent sur le secret technologique et la (fausse) gratuité. Vaultwarden est un bon exemple de fork (version alternative) du gestionnaire de mot de passe Bitwarden. Il rend certaines fonctionnalitées gratuites, et est lui aussi disponible en SaaS ou auto-hébergement.
Au delà de ces services, lopen-source, cest aussi des logiciels pûr, par exemple la suite bureautique Libre Office, la majorité des systèmes dexploitation basés sur Linux. Utiliser ces solutions, cest gagner en contrôle sur nos outils numériques.
Lopen-source a cependant aussi ses limites, notamment par son financement. Pour les entreprises proposant du SaaS, le financement est naturel, mais pour le reste, cest sur leur temps libre que les développeurs contribuent. Des dépendances peuvent devenir cruciales car utilisées dans le monde entier, et reposent parfois sur les épaules dun unique mainteneur. À lOpen Source Summit Europe de 2025, le développeur de `curl` (programme permettant de faire des requêtes HTTP, embarqué dans au moins un milliard dappareils), Daniel Stenberg, a révélé être en stress permanent, devoir gérer un projet de près de deux cent mille lignes de code, avec une vingtaine de développeurs actifs dont le code doit être revu. Les entreprises reposant sur ces projets open source contribuent rarement à une sponsorisation du projet. Pour `curl`, «He [Daniel Stenberg] put up an excerpt of a message from Apple support, referring a customer to the curl project for help with their (Apple) device. He has received demands from companies for information on the project's development and security practices, often with tight deadlines for a response. He typically replies by sending back a support contract; that usually results in never hearing from the company again, he said. »#citef(<corbetChallengeMaintainingCurl2025>). Le fait de reposer sur des effectifs restreints, avec peu ou pas de budget, pose aussi des questions de sécurité. Les contributions des utilisateurs peuvent contenir du code malveillant et doivent être vérifiés finement.
Les big tech sont aussi malgré tout de grands contributeurs des logiciels open source, de part leur force de frappe, et certains grands projets open-source tels que Linux déplorent dimportantes contributions via des adresses mail professionnelles#citef(<EmployesGAFAMGros>).
== Solutions concrètes
Les alternatives aux big tech sont nombreuses, mais il faut parfois être prêt à payer le vrai pris des choses.
- Il est déjà possible de remplacer votre moteur de recherche. Passer à un moteur de recherche européen tel que Qwant, ou respectueux de la vie privée tel que Duck Duck Go est une première étape, mais pour aller plus loin, on peut aussi utiliser des moteurs de recherche payants, par exemple Kagi. Avec un moteur de recherche payant, nous sommes garantis de ne pas être le produit, et on peut être fier de payer la vraie valeur des choses!
- Pour lhébergement de fichiers, il est possible de choisir des acteurs européens et sécurisés tel que Proton Drive ou autre. Les solutions open-source et auto-hébergeable sont aussi nombreuses : Nextcloud, Owncloud, NAS Synology...
- Pour les emails, pourquoi laisser Google lire tous nos mails? Il existe de nombreuses alternatives européennes: Startmail, Tutamail, Proton Mail, etc. Auto-héberger ses emails est pour le coup beaucoup plus complexes (taux de disponibilité, DKIM/SPF, réputation de lIP, ...), et les solutions open-source nécessitent une expertise technique minimale.
- Concernant les suite bureautique, Libre Office est aujourdhui capable douvrir les fichiers dOffice 365 sans trop de problèmes, et son format open-source est de plus compatible avec de nombreuses solutions collaboratives (Nextcloud Office, Collabora Office).
- Pour la prise de mail, vous pouvez rester propriétaire de vos idées avec Obsidian ou même Anytype pour une approche orientée objet.
- Vos photos peuvent être auto-hébergées avec un serveur Immich, ne faisant aucun compromis par rapport à Google Photos.
- Plutôt que de dépendre des gestionnaires de mot de passe qui vous bloquent dans un écosystème, vous pouvez utiliser Bitwarden ou Proton Pass. Bitwarden peut aussi être auto-hébergé, mais Vaultwarden peut être privilégié pour un auto-hébergement.
- Enfin, pour ne plus dépendre des GAFAM pour envoyer des messages à vos amis, vous pouvez migrer vers le protocole Matrix. Le client multi-plateforme Element peut-être utilisé, joint avec le fournisseur Matrix de votre choix. Cest comme pour les emails: un protocole (Matrix), une application (Element, ...), et un fournisseur. Beeper peut aussi être utilisé pour faciliter la transition (les bridge de Beeper étant open-source, il est aussi possible de les implémenter sur son propre serveur Matrix).
Pour simplifier la sortie des big-tech, vous pouvez passer par une association proposant ces services, par exemple le #link("https://www.chatons.org/")[collectif Chatons] ou #link("https://lacontrevoie.fr/")[la Contre-Voie].
Pour les entreprises, les alternatives existent aussi, et consiste aussi en des sacrifices permettant toutefois de se libérer de lemprise des big tech. Cela passe aussi par les suites bureautiques, les systèmes dexploitation, les logiciels de collaboration et de gestion.
= Conclusion
Il est normal davoir des dépendances. Dans tous les domaines, nous avons toujours été dépendants. Dans lindustrie, nous dépendons de nos fournisseurs. Dans notre vie personnelle, nous sommes dépendant de létat #citen(<rousseauContratSocial1762>), et cest normal. Mais se rendre dépendant dun acteur privé étranger alors que dautres solutions existent, cela peut être évité.
Il ne faut pas non plus voir les big tech et les GAFAM comme les grands méchants loups. Ils ont été novateur dans leur domaine et ont boosté lindustrie vers le haut. Mais aujourdhui, cest davantage la tournure géopolitique, économique et cet oligopole qui nous pousse à vouloir nous en détacher pour privilégier dabord des solutions dites souveraines, voire même des solutions open-source self-hosted/on-premise (auto-hébergées) pour les plus radicaux.
Si cet enjeux est et est bien réel, seuls les plus ferrus du numérique semble à peine se poser la question, et ce car les GAFAM, cest le chemin de la facilité. Lhumain cherchera toujours les outils les plus simples et efficaces pour accomplir ses objectifs, donc même une personne sensibilisée ne sintéressera pas à changer de fournisseur demail ou de moteur de recherche. Cest un peu la même chose que pour les enjeux environnementaux: nous en sommes tous conscients, mais les actions restent dérisoires car nous préférons la simplicité. Peutêtre en démontrerez-vous le contraire...
= Bibliographie
== Sources principales
#text(size: .8em)[
#citeb(<FourRegneQuatre>)
#citeb(<redaccionHowWeProtect2024>)
#citeb(<OfficeGAFAM>)
#citeb(<LiberteLogicielSon>)
#citeb(<EmployesGAFAMGros>)
]
== Toutes les sources consultés
#text(size: .8em)[
#bibliography("references.bib", title: none, style: "apa")
]
= Annexe IA
Après une overdose de genAI sur dautres projets, jai décidé de réaliser ce projet personnel en humanités sans aucun usage dintelligence artificielle générative. Même pour du brainstorming, recherches ou relecture, aucune genAI na été utilisée. La relecture a été faite entierement manuellement.